Dans un rapport produit par OCHA RDC en collaboration avec les partenaires humanitaires et qui couvre la période du 13 février au 5 mars 2024, plus de 230.000 personnes se sont déplacées vers la ville de Goma depuis le début du mois de février 2024. Plus de 652.000 personnes ont reçu une assistance en vivres au Nord-Kivu en février 2024, rapporte le rapport de l'agence des Nations unies, OCHA.
Dans le Territoire de Masisi, les affrontements entre l'armée congolaise et un groupe armé non étatique (Armée rwandaise et M23) se sont poursuivis au cours de ces deux dernières semaines de février, notamment dans le groupement de Kamuronza, situé dans la zone de santé de Kirotshe, ainsi que dans le groupement de Bashali-Mokoto, situé dans la zone de santé de Mweso.
Ces violences ont entraîné d'importants déplacements de population, avec plus de 230.755 personnes (46.151 ménages) ayant fui les combats dans les zones de santé de Kirotshe, Katoyi vers la ville de Goma, selon des sources humanitaires. Face à cet afflux massif de déplacés, les autorités ont attribué environ 190 hectares d’espace supplémentaire aux alentours de Goma pour leur installation dans des conditions plus sûres.
Par ailleurs, les mêmes combats ont provoqué d'importants mouvements de population vers Minova dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu , exacerbant la crise humanitaire dans la région. Les violences ont également perturbé l'accès aux services essentiels, notamment les soins de santé. Quatre structures médicales, dont l'Hôpital Général de Référence de Kirotshe, ont été pillées, privant plus de 480.000 personnes d’accès aux services de santé, alors que la zone est en pleine épidémie de choléra.
Les conditions d'hygiène précaires dans les sites de déplacés favorisent la propagation des épidémies. Entre le 4 et le 17 février 2024, au moins 56 cas de choléra ont été signalés dans le site de déplacés de Nzulo, situé dans la zone de santé de Kirotshe. Ce site héberge au moins 55 000 personnes et les conditions d’hygiène y sont très précaires.
De plus, la ville de Goma est confrontée à une épidémie de choléra depuis janvier 2024. La ville de Goma abrite désormais plus de 630.000 personnes déplacées. La précarité de la vie dans les sites de déplacés autour de Goma constitue un risque supplémentaire de propagation rapide des maladies infectieuses. Entre le 19 février et le 3 mars, la ville de Goma a notifié 569 cas de choléra, soit plus de 41 % des 1.377 cas enregistrés pour tout le Nord-Kivu au cours de cette période. La stratégie de riposte anti-choléra mise en place par les autorités sanitaires inclut la prise en charge gratuite des malades, la désinfection des foyers et la vaccination anti-choléra dans les zones de santé les plus touchées.
Territoire de Nyiragongo et ville de Goma
La situation sécuritaire dans la ville de Goma et le territoire de Nyiragongo reste marquée par une forte présence militaire. Cette militarisation, ainsi que la présence d’acteurs armés non étatiques dans et autour des sites de Lushagala, Bulengo et Nzulo, à proximité de la ville de Goma, ont entraîné une recrudescence d’incidents de violence armée et de criminalité, mettant ainsi en danger la sécurité des civils, y compris celle des personnes déplacées.
Le 18 février 2024, au moins deux civils ont été tués et plusieurs autres blessés lors d'affrontements aux abords du site de déplacés de Lushagala, dans la ville de Goma. La présence de groupes armés dans ces sites viole le caractère civil et humanitaire de ces zones. Le mercredi 21 février 2024, le Gouverneur de la province du Nord-Kivu a conduit une mission conjointe, autorités congolaises et acteurs humanitaires, pour évaluer la situation sécuritaire dans les trois sites de déplacés de Lushagala, Bulengo et Nzulo.
Des sources proches des comités de déplacés renseignent que des acteurs armés rançonneraient de la nourriture auprès des personnes déplacées dans les sites. D’autres venant rendre visite à leurs familles entrent dans les sites en possession de leurs armes.
Plusieurs incidents liés à ces armes ont été rapportés dans les sites de déplacés. Bien que les activités humanitaires et le personnel humanitaire ne soient pas encore directement ciblés par cette situation, la tendance sécuritaire actuelle nécessite des mesures de vigilance afin de garantir un niveau minimal de sécurité des acteurs humanitaires lors des déploiements opérationnels dans les sites.
Des discussions en cours avec les autorités nationales permettront de renforcer les effectifs de la police nationale chargés de la sécurité des sites de déplacés. Une sensibilisation continue des acteurs armés pour une meilleure compréhension du caractère civil des sites de déplacés est aussi en cours.
La Gazette du Continent